9 mai 2017

Le Guide "Anti-Stress" de la Vie au Collège

Avertissementtoutes les images de ce post sont extraites de Le Guide Anti-Stress de la Vie au Collège, d'Irène Colas et Colonel Moutarde, éditions Milan, 2013, et ne sont pas libres de droits



"Ne croyez surtout pas que le collège 
n'est qu'une grosse usine à bourrer le crâne des élèves 
sans se préoccuper des difficultés qu'ils peuvent rencontrer"
Le Guide Anti-Stress de la Vie au Collège 



Flâner au rayon jeunesse de la médiathèque municipale n'est pas sans risques. On peut se trouver soudain nez à nez avec un bouquin sournois, flatteur et malsain, mis en évidence par les bibliothécaires (inconsciemment, j'espère). 



J'ai voulu savoir ce qui se cachait dans ce "coup de coeur" du moment : Le Guide Anti-stress de la vie au collège, d'Irène Colas et Colonel Moutarde.


Un guide à destination des futurs collégiens, qui s'annonce "cool", "sans blabla", "sans tabou", et qui vouvoie son lecteur : c'est bien, de vouvoyer un-e enfant comme on le ferait d'un-e adulte, si cela exprime une volonté de le respecter et de minimiser le rapport de domination. Mais ici, il s'agit plutôt de lui faire comprendre que l'enfance est terminée et que la rigolade est finie. "Il est temps de se prendre en charge !", et de montrer qu'on a "évolué", "au lieu de couiner", "pauvre petit chou". 
ça vous heurte un petit peu ? Ce n'est que le début.


Ce guide qui prétend rassurer et déstresser est une liste interminable d'injonctions, très souvent contradictoires, de menaces, de mises en gardes, de culpabilisation et parfois de moqueries. Si j'ai choisi d'en parler, c'est parce qu'il condense, sous couvert d'humour, beaucoup des manières habituelles de s'adresser aux enfants et aux adolescent-es, et parce qu'il entretient les conditions de bien des formes de violences scolaires.


Petit florilège et décryptage en 3 points :


1 ) Normes de genre, hétérosexisme et conformisme


- "Soyez au top de vous-même" : "Assurez un look branché", c'est une "priorité" : soyez "stylé", "looké", bien habillé-e. Ne faites pas de fautes de goût, c'est impardonnable. Si vous choisissez un sac "nul", ne venez pas chouiner quand on vous jettera des cailloux à la récré.





- Mais sachez qu'"Il n'y a pas que l'apparence dans la vie !", voyons ! Ne cédez pas à la pression des "fringues de marque" et ne coutez pas trop cher à vos parents.




- Intégrez les contraintes sexistes et les codes genrés : les filles, soyez sexy, portez talons, mini-jupes, sac à main et soutien-gorge, et restez fine comme une liane. Vous avez 10 ans ? Et alors ? En revanche, ne soyez pas putes, c'est "inadapté au collège". Donc court, mais pas trop, merci. Les garçons, eux, peuvent faire à peu près ce qu'ils veulent, y compris opter pour un look un peu débraillé/décoiffé, "stylé sans le faire exprès". 




 




















- Résignez-vous à la norme hétérosexuelle : vous allez très très bientôt tomber amoureux-se d'un-e élève de l'autre sexe, que vous le vouliez ou non ! Scoop : l'homosexualité, la bisexualité, la transidentité et autres joyeuse-tés n'existent pas. Où avez-vous vu un truc pareil ?!



- Inspirez-vous des adolescent-es accompli-e-s que sont les élèves plus âgé-es, qui n'existent qu'en version unique et ultra-stéréotypée. Car bientôt, c'est à ça que vous ressemblerez vous aussi (non, il n'y a pas d'alternative, désolée. Tomboys, garçons efféminés, petit-es, grand-es, gros-ses, personnes handicapé-es, binoclard-es et boutonneu-ses, passez votre chemin). 



2 ) Compétition, culture de l'excellence, de l'effort et du mérite :

- TRAVAILLEZ, petite feignasse : "Travailler mieux pour être plus efficace" (ah non, pas pour gagner plus...), " aucun effort n'a jamais tué personne", "vous êtes encore loin de la surchauffe cérébrale", "appliquez-vous", "entraînez-vous", " participez !", "osez !", soyez actif-ve, spontané-e, impliqué-e... "Il va falloir vous plier à une rigueur nouvelle qui vise à vous rendre efficace à 100%". Et commencez à penser à votre retraite, vous allez sur vos 11 ans tout de même (voir la page "Cap sur votre orientation").


- Soyez parfait-e et ne faites jamais d'erreur (vous n'êtes pas là pour apprendre) : "faire des fautes d'orthographe c'est comme ne pas se laver les dents, ça ne se fait pas, c'est tout". Je garde cette phrase pour un top 10 des punchlines éducatives. 

- "Il n'y a pas que les notes".


- Soyez le-la meilleur-e. Mais pas complètement : parce que "Mieux vaut être le meilleur, non ?". Oui, mais le petit bémol, c'est que "vous risquez de passer pour l'intello de service",  et d'être "stigmatisé-e". Dans ce cas...eh bien débrouillez-vous.


- Ne soyez pas trop sérieux, c'est chiant : "il faut aussi prendre le temps de se détendre", "relâchez la pression", "Travaillez votre sociabilité", "soyez souriant", "ne la ramenez pas", "sachez écouter les autres".


- Arrêtez de vous amuser : "oubliez les billes, les cartes à collectionner et la corde à sauter". Mais "choisissez d'être vous-même avant tout, c'est ce qui vous va le mieux". lol.




3) Soumission et adaptation à la domination adulte :


- Ne vous plaignez de rien et n'ayez aucune revendication : Votre sac est beaucoup trop lourd ? "Faites du sport ! Un dos bien musclé, des cuisses qui tiennent la route, sauront mieux vous aidez à soulever ce fardeau". Que du bon sens.


- Soyez soumis-e et obéissant-e : prenez l'habitude des exigences de chaque prof et adaptez-vous ; répondez toujours "absolument" aux appels de vos parents.

 Réponse : bah oui...vous n'avez pas le choix !


- Soyez autonome (non, ce n'est pas incompatible) : "prenez vous en charge ! ", "ayez l'air d'avoir évolué !", "faites preuve d'initiatives", "débrouillez-vous seul". "Le temps de l'école primaire, où on vous mouchait le nez parce que vous aviez un gros chagrin, est bien fini". (Cool. ça déstresse tout de suite, non ?)



- Soyez reconnaissant-e : "Vous voyez bien que tout est fait pour vous être agréable !" (?), "La plus grande attention est toujours accordée à tout nouvel élève", "la mission du prof n'est pas fastoche" et "vous leur devez le respect" (il n'est rien dit de l'inverse, en revanche, du coup on sait pas).
En cas de problème, "les surveillants ou encore la psychologue scolaire sauront très bien s'adoucir [oui, oui, s'adoucir] et vous écouter le plus attentivement du monde". Enfin, s'ils ont 30 secondes de libre au milieu de la cour. Ou, pour la psychologue, s'il y en a une . Et si elle est là (une demie-journée par semaine pour 600 élèves, en moyenne). Mais, chut, on ne va pas vous stresser quand même !



...et j'en passe, parce que je suis un peu fatiguée.






Si vous tenez absolument à lire ce livre, faites-le en imaginant être en CM2. Vous verrez, ça calme. Et si vous êtes vraiment en CM2, vous avez toute ma compassion. Cherchez vite un autre bouquin - promis, dès que j'en trouve un bien, je vous fais signe.










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6 avr. 2017

"Mauvais élèves"




"Mauvais élèves", de Nicolas Ubelmann et Sophie Mitrani - visible sur Vimeo.

 




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1 mars 2017

Tour d'horizon - janvier/février 2017


"Il faut poser des questions aux enfants. Personne ne leur demande comment ils vivent. 
Les enfants ont peur de ne pas être crus, alors ils ne vont pas parler spontanément. 
Il faut expliquer aux enfants qu'ils ont des droits."
Muriel Salmona


http://www.lemonde.fr/societe/article/2017/02/02/harcelement-scolaire-l-etat-reconnu-en-partie-responsable-du-suicide-d-une-collegienne_5073696_3224.html


Le combat de Nora Fraisse, dont la fille Marion s'est suicidée en 2013 suite à plusieurs années de violences au sein de son collège, marque une étape dans la lutte contre le harcèlement : la justice désigne la responsabilité de l'Etat, et donc de l'institution scolaire, dans la mort de Marion.
Dans son livre Marion, 13 ans pour toujours, Nora Fraisse raconte le déni de responsabilité du collège et du ministère auquel elle a du faire face, et notamment l'absence de réaction de l'établissement face aux difficultés pointés par Marion et sa famille. 
Sur le même sujet, on peut lire un article agrémentés de nombreux liens et références sur Madmoizelle.

Cette décision de justice contribuera peut-être à ce que l'on cesse de considérer le harcèlement comme un simple problème relationnel entre enfants/ados/élèves, mais comme une question institutionnelle et politique. 



http://www.oveo.org/censure-de-larticle-222-de-la-loi-egalite-et-citoyennete-par-le-conseil-constitutionnel/

Pendant ce temps, l'amendement contre la fessée est rejeté par le Conseil Constitutionnel. Cet amendement visait à supprimer le "droit de correction" (une notion de jurisprudence) qui vient contredire l'interdiction des violences faites aux enfants inscrites dans le Code Pénal : les enfants, bien que plus vulnérables, sont soumis à cette exception qui rend légale la violence "éducative". La violence exercée par les parents pour raisons "éducatives" n'est en outre pas nommée dans le Code Pénal.
Le "droit de correction" a été progressivement aboli pour les militaires, les femmes, les employés, les prisonniers... mais pas pour les enfants. 
L'Observatoire de la Violence Educative Ordinaire (OVEO) publie à ce sujet un communiqué de presse à l'attention des candidats à la présidentielle.


http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170227.OBS5866/enfants-maltraites-la-violence-fait-disjoncter-le-cerveau.html

La violence envers les enfants est pourtant aussi répandue que taboue... et ses conséquences sont dramatiques, comme l'explique la psychiatre Muriel Salmona : "75% des maltraitances graves ont lieu dans un contexte de punition. Les enfants qui sont morts récemment étaient "punis"". 
Elle nous rappelle au passage que loin d'être "utile" ou "éducative", "la violence aggrave les troubles du comportement chez l'enfant, comme ses troubles cognitifs."
Muriel Salmona relie la violence familiale à la violence scolaire : un enfant (ou toute personne) victime de violences va mettre en place un mécanisme de protection psychique appelé dissociation, dans le but de ne pas ressentir la souffrance. "L'enfant peut avoir l'air indifférent. Il peut donner l'impression d'être à l'ouest, voire idiot. (...) Une personne dissociée peut être la proie de pleins de gens. C'est ainsi que l'enfant maltraité va ainsi souvent être harcelé à l'école. Que des prédateurs peuvent fondre sur une jeune fille car elle n'est pas capable de se défendre. 70% des personnes qui ont subi des violences dans l'enfance subiront des violences toute leur vie, précisément parce qu'elles restent dissociées." 
A quoi il est important d'ajouter que les enfants/élèves agresseurs/harceleurs ont probablement, dans un certain nombre de cas, subi eux aussi des violences.


Si vous avez lu/vu/entendu d'autres choses sur le sujet, n'hésitez pas à les partager dans les commentaires.




Bonnes lectures  !
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23 janv. 2017

Migraine













Anne-Laure Buffet développe cette idée de répercussion physique des violences psychologiques, sur son site internet et dans ses conférences.

Une belle émission sur la migraine : "Comme une ombre", de Loris Bardi.




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